Des funérailles bien différentes

Chose rare au Québec, deux funérailles nationales ont eu lieu à quelques semaines d’intervalle. D’abord celles de René Angélil, le vendredi 22 janvier, puis celles de Marie-Claire Kirkland Casgrain, le samedi 2 avril. Mais ces deux événements ont été bien différents l’un de l’autre.

Tout d’abord, il faut présenter ces deux personnages :

o-RENE-ANGELIL-CELINE-DION-facebookLe premier, né le 16 janvier 1942 à Montréal, chantait le yéyé dans les années soixante en traduisant sur le coin d’une table des succès américains et anglais avant de devenir imprésario pour de nombreuses vedettes. Joueur intempestif, il a perdu sa chemise plusieurs fois avant de miser sur le bon cheval. Un self-made-man comme on les aime. Décédé en janvier dernier à Las Vegas, ses funérailles nationales ont eu lieu le 22 janvier.

L’autre, Marie-Claire Kirkland-Casgrain, est née le 8 septembre 1924 à Palmer, au Massachusetts, à une époque pas si lointaine où les femmes n’étaient pas considérées comme des personnes devant la Loi. Avocate, elle sera la première femme député de l’Assemblée législative du Québec, aussi la première femme membre du Conseil des ministres, puis la première femme juge. Féministe, elle défendra tout au long de sa carrière des causes féminines et travaillera d’arrache-pied à l’adoption de certaines lois : 1964, Loi sur la capacité juridique de la femme mariée; 1969, Loi concernant les régimes matrimoniaux et l’établissement de la société d’acquêts; 1973, Loi établissant un Conseil du statut de la femme.casgrain-low-2-g

Décédée le 24 mars dernier, elle a aussi été la première femme à obtenir des funérailles nationales au Québec.

Le premier a eu droit à des funérailles nationales grandioses en la basilique Notre-Dame de Montréal, un vendredi, retransmises ad nauseam sur toutes les chaines. Politiciens et artistes jouaient du coude pour avoir les meilleures places alors que des milliers de badauds se les gelaient à l’extérieur.

L’autre a eu droit à des funérailles nationales à la va-vite  à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, un samedi matin, retransmises uniquement sur les chaines d’information. Quelques centaines de personnes se sont déplacées pour l’occasion.

Qu’est-ce que cette différence marquée entre les deux cérémonies dit sur nous, sur notre société, sur nos valeurs? Dans la deuxième moitié du vingtième siècle, sociologues et autres « ogues » parlaient de l’avènement de la société des loisirs, une société dans laquelle les gens auraient plus de temps pour pratiquer un sport, un loisir, lire, écouter de la musique, s’instruire, se cultiver, s’occuper du politique. Mais ce rêve ne s’est pas concrétiser, le divertissement envahissant toutes les sphères de la société. Résultat : un imprésario occupe aujourd’hui une place plus importante dans la mémoire collective qu’une femme qui s’est battue toute sa vie pour transformer la société.

Il faudra dans quelques années je le crains organiser des funérailles nationales à notre mémoire collective.

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