Le mythe de l’Action de grâce

The First Thanksgiving at Plymouth (1914), par Jennie A. Brownscombe, Stedelijk Museum De Lakenhal  http://www.lakenhal.nl/persberichtendetail.php?id=144
The First Thanksgiving at Plymouth (1914), par Jennie A. Brownscombe, Stedelijk Museum De Lakenhal http://www.lakenhal.nl/persberichtendetail.php?id=144

Les origines de l’Action de grâce aux États-Unis nous rappelle que l’Histoire avec un grand H peut être racontée de plusieurs façons.

Ainsi, la majorité des Américains se sont fait raconter cette histoire à l’école : en 1620, une centaine de dissidents anglais, les Pères pèlerins, débarquent du Mayflower dans la baie de Plymouth au Massachusetts. Ils y fondent la Colonie de Plymouth et la ville du même nom. Mais les débuts de la colonisation sont difficiles. Mal équipés, mal vêtus et mal nourris pour affronter ce premier hiver, la moitié des colons meurent du scorbut.

Les survivants doivent leur salut à l’intervention d’un autochtone nommé Squanto qui, avec l’aide de sa tribu, les Wampanoags, leur offrit de la nourriture, puis leur apprit à pêcher, chasser et cultiver du maïs.

Afin de célébrer la première récolte, à l’automne 1621, le gouverneur William Bradford décrète trois jours d’action de grâce. Les colons invitent alors le chef des Wampanoags, Massasoit, et 90 de ses hommes à venir partager leur repas en guise de remerciement pour leur aide. Durant ce festin, des dindes sauvages et des pigeons figurent au menu.

Les Pères pèlerins tiennent une célébration encore plus grande de l’Action de grâce en 1623, après un passage de l’agriculture communale à l’agriculture privatisée et après une plus grande moisson grâce à de la pluie inattendue.

Voilà la belle histoire racontée aux enfants. Maintenant, place à la version pour adultes.

En 1621, le capitaine Miles Standish, chef d’un groupe de fanatiques religieux venus d’Angleterre qui croient à l’imminence de l’Armageddon en Europe, invite une tribu locale des Indiens algonquins, les Wampanoag, à se joindre à eux pour un dîner qui commémorait la bonne fortune de leur communauté d’immigrants lors de son établissement en Nouvelle-Angleterre.

Étant donné que la bonne fortune en question était plus due à la charité des Indiens qu’au Dieu chrétien ou en un heureux hasard, il aurait été mal élevé de ne pas les inviter. D’autant plus que c’étaient les Indiens qui fournissaient les vivres pour le dîner, dont des dindes sauvages.

Deux ans plus tard, en 1623, la colonie s’était encore mieux installée. Dans son sermon pour l’Action de grâce, Mather l’Aîné rendit grâce au Tout-Puissant pour avoir envoyé la vérole qui avait anéanti la tribu des Wampanoag, leurs bienfaiteurs.

Une date mouvante

La Proclamation de l’Action de grâce par George Washington en 1789 fut la première déclaration présidentielle de l’histoire des États-Unis. Ce texte, disparu durant cent trente-deux ans, est redécouvert en 1921. On n’y fait pas mention des Indiens Wampanoag, on n’y mentionne pas non plus le repas en famille ni le match de football à la télé. On y indique plutôt qu’il faut réserver cette journée à la prière en reconnaissance des bienfaits du Tout-Puissant.

L’Action de grâce a été observée à différents moments aux États-Unis. De l’époque des Pères fondateurs jusqu’à Lincoln, la date de l’Action de grâce variait d’un État à l’autre même si depuis le début du 19e siècle le dernier jeudi de novembre était la date la plus fréquente.

En 1863, le président Abraham Lincoln, par une proclamation présidentielle, fait du dernier jeudi de novembre le jour officielle de l’Action de grâce. Lincoln souhaite par cette décision favoriser un sentiment d’unité entre les États du Nord et les États du Sud. Mais ce ne sera qu’autour des années 1870 que le souhait de Lincoln se réalisera.

Le 26 décembre 1941, le président Franklin D. Roosevelt signe une résolution conjointe du Congrès qui change la Journée nationale de l’Action de grâce qui passe du dernier jeudi au quatrième jeudi de novembre. Selon lui, le fait de célébrer plus tôt cette fête insufflerait au pays un élan économique.

Aujourd’hui, le Black Friday a supplanté l’Action de grâce.
Aujourd’hui, le Black Friday a supplanté l’Action de grâce.

En regardant les millions d’Américains qui se ruent sur les soldes lors du Black Friday, force est de constater que le temps lui a donné raison.

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Une réflexion sur “Le mythe de l’Action de grâce

  1. Bonjour,
    Nous ne sommes que des feuilles portées par le vent.
    Est-ce que le vent porte le nom d’une tribut indienne ? le nom d’un dieu ?
    peu importe, la feuille vole et virevolte, jusqu’à ce qu’elle touche le sol.
    Cordialement

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