La corruption : une caractéristique génétique?

Les audiences de la Commission Charbonneau ont repris il y a quelques jours. Nous entendrons encore des gens dénoncer des gestes de corruption de toutes sortes et des bandits à cravate nier en bloc ou jouer les amnésiques ou les imbéciles.

Ce matin à l’émission de Marie-France Bazzo (10 février), l’écrivain et cinéaste Jacques Godbout faisait la promotion de son livre Le tour du jardin (Boréal) où il s’entretien avec le sociologue Mathieu Bock-Côté. Ce matin donc, Godbout a rappelé qu’à son âge vénérable de 80 ans (eh oui!), il en avait des commissions d’enquêtes sur la corruption, en moyenne une aux vingt ans. L’intellectuel se disait clairement blasé de voir notre histoire se répéter ainsi comme si nous avions du mal à aller de l’avant.

Dans Le tour du jardin, Godbout revient sur les dernières décennies de l'histoire du Québec.
Dans Le tour du jardin, Godbout revient sur les dernières décennies de l’histoire du Québec.

Dans Habitants et marchands de Montréal au 17e siècle (Les Éditions du Boréal, Montréal, 1988), publié une première fois à Paris en 1974, l’historienne Louise Dechêne (1928-2000) parle à un certain moment dans ce fabuleux essai de l’anarchie qui règne en Nouvelle-France entre 1666 et 1681. « Tous les administrateurs du haut en bas de l’échelle sont intéressés à divers degrés dans le commerce, écrit-elle. La démonstration a été bien menés par W. J. Eccles (1967) pour les gouverneurs Frontenac et de La Barre en particulier. Il faut l’étendre à tous les autres gouverneurs et à tous les intendants, officiers de justice, commis de la marine, des trésoriers généraux et des fermiers du Domaine. Comme le remarque justement J. F. Bosher, il n’y a pas lieu de dénoncer la « corruption » de tel ou tel fonctionnaire, mais d’examiner plus attentivement cette structure administrative de l’Ancien Régime où l’entreprise privée et le secteur public se chevauchent et se confondent.[1]

À croire que Godbout a raison quand il laisse entendre que notre histoire fait du surplace. À croire également qu’il s’agit d’une tare génétique! C’est à vous décourager d’avoir l’ambition ou la prétention de faire changer les choses.


[1] (W. J. Eccles, Frontenac, the Courtier Governor; John Bosher, « Government and Private Interest in New France », Canadian Public Administration, X (1967), pp. 244-257).

 

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