Hypocrisie organisée en système

Dans un récent éditorial intitulé Le marécage politique, Mathieu Bock-Côté y va d’une solide analyse concernant l’état d’esprit – désillusion collective, cynisme, etc – qui règne au Québec actuellement.  

Je l’ai déjà écrit souvent, mais nous payons le prix de l’avortement du projet souverainiste. Il suffit d’un peu de culture historique pour savoir que les questions nationales sont existentiellement les plus engageantes. Elles mobilisent les passions les plus profondes, les affects les plus forts. La question nationale ne relève pas de la politique ordinaire. Mais lorsqu’elle avorte, les espérances qu’elle avait mises de l’avant laissent à la population un goût de cendre. Comment vivre sereinement dans une société qui est passée à côté d’un projet qui avait mobilisé ses meilleures énergies?

Bock-Côté va plus loin en ajoutant que:

l’affrontement entre souverainistes et fédéralistes a désormais l’air d’une farce. Il repose sur un double mensonge : les souverainistes parlent régulièrement d’indépendance en sachant qu’il n’y a aucun référendum possible à l’horizon de la prochaine décennie, les fédéralistes dénoncent par habitude un projet qu’ils savent vaincu et qui ne leur fait plus peur. Cela leur sert généralement de carburant électoral et les dispense de se trouver un programme, d’autant qu’ils ont consenti à une adhésion inconditionnelle au Canada.

En d’autres mots, l’hypocrisie organisée en système.

Autre preuve de cet état de fait : les petits et grands escrocs pris la main dans le sac qu’on voit défiler devant la commission Charbonneau depuis des mois. Parmi eux, des ingénieurs verreux de firmes jusque-là respectables, des fonctionnaires municipaux qui fermaient les yeux, des middle-men qui prenaient leur cote au passage. Devant la juge Charbonneau, la plupart des types jouent les innocents dans tous les sens du terme.

Et dire que durant des années le gouvernement Charest nous disait que tout allait bien, qu’une commission d’enquête sur la construction était inutile.

Devant une telle impasse, devant l’absence de projet collectif mobilisateur, pas surprenant que de plus en plus de Québécois aient le goût de s’expatrier, d’aller vivre ailleurs là où l’avenir est ou semble moins bouchée.

Exode

Au 19e siècle, un million de Canadiens-français ont quitté le Québec pour tenter leur chance dans les villes manufacturières du nord-est des États-Unis. Des agents de recrutement s’occupaient de tous les détails et des différentes formalités sans aucun frais. Les prix des billets de train pour les immigrants sont réduits, et on aide les nouveaux arrivants aux États-Unis à trouver un logement.

Près d'un million de Canadiens-français ont émigré aux États-Unis entre 1840 et 1930.
Près d’un million de Canadiens-français ont émigré aux États-Unis entre 1840 et 1930.

Selon certains historiens, sur une période de près de cent ans – soit entre 1840 et 1930 – le Québec a assisté à une véritable saignée démographique, voyant passer annuellement outre-frontière 5 % à 10 % de sa population, soit plus de 900 000 personnes.

En 1930, en raison de la crise économique, les États-Unis décident de fermer la frontière. C’est la fin de l’exode.

Selon les estimations démographiques, sans cet exode, le Québec compterait aujourd’hui une population francophone de 12 à 14 millions d’habitants. Un tel poids démographique au sein de la fédération canadienne actuelle modifierait sensiblement les rapports de force entre anglophones et francophones, tout en donnant une image différente du Canada.

Imaginons que d’ici quelques années, à l’instar des pays européens, les États-Unis et le Canada signent un accord permettant aux uns et aux autres de s’installer où ils veulent, il y a fort à parier que nous serions plusieurs à quitter La Belle Province.

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