Le dernier été

Ma grande termine son secondaire cette semaine. Je ne lui ai pas encore dit, mais je suis très fier d’elle.

Au mois d’août, elle s’en va en cinéma à Dawson. Histoire de ne pas la voir s’emmerder cet été – et sans lui mettre trop de pression – je tente de lui faire voir les bons côtés de se dénicher un emploi d’été. Mais elle a du père dans le nez et elle n’est pas pressée.

Vous vous souvenez de votre dernier été? Pas celui de l’an passé ni celui de vos plus belles vacances. Je parle de l’été de l’innocence, entre l’adolescence et l’âge adulte, entre l’école secondaire et le cégep ou le travail, entre le rêve, le farniente et la réalité.

Au lieu de me voir jouer les lézards, mes parents auraient bien aimé me voir travailler cet été-là. Malheureusement pour eux, je n’étais pas pressé de me trouver un boulot, au grand dam de mon père pour qui le travail était sacré. À dix-sept ans, je me disais que c’était sans doute mon dernier été d’insouciance, de liberté, et que j’aurais bien le temps de travailler plus tard.

Sainte-Martine, été 1971.
Sainte-Martine, été 1971.

Mes plus beaux souvenirs sont mes étés d’enfant passés au chalet familial à Sainte-Martine au cours des années 1970. Tout semblait s’arrêter. Mon univers tournait autour des baignades, des promenades en canoë, de la chasse aux grenouilles et des feux de camp à la belle étoile en scrutant le ciel à la recherche de soucoupes volantes! Or cet été-là, je pensais – ou souhaitais naïvement – pouvoir revivre une dernière fois cette magie.

Moi, pensif, sur le quai construit par mon père à Sainte-Martine, 1981
Moi, pensif, sur le quai construit par mon père à Sainte-Martine, 1981

La première semaine fut comme je m’y attendais : merveilleuse. Mais c’était comme le soleil avant l’orage. Dès le début de la seconde semaine, je fus bien forcé de conclure que la magie avait disparu. Ou peut-être était-ce moi qui avais changé. Le jour, je me sentais bien ridicule seul dans la piscine. Les promenades en canoë, autrefois si excitantes, n’avaient plus le charme d’antan. Les grenouilles ne m’intéressaient plus, les feux de camp n’illuminaient plus mes soirées et les soucoupes volantes n’étaient en réalité que des mouches à feu.

Pour la première fois de ma vie, moi qui avais passé ces dix ou onze derniers étés au grand air en compagnie de mes parents, de mon frère et de ma sœur, je m’ennuyais de mes copains, de la ville. Les lumières de la rue Saint-Denis me manquaient.

Deux choix s’offraient devant moi : faire comme les vaches et regarder le train passer ou sauter dedans!

Je décidai donc de retourner à Montréal. Pas facile de dénicher une bonne job d’été en juillet! Les meilleures sont prises depuis longtemps. Par chance, un voisin qui démolissait son vieux hangar avait besoin d’un coup de main. Trois semaines de pur bonheur à me rentrer des échardes dans la peau, à suer sang et eau et à reluquer la voisine qui prenait des bains de soleil en bikini!

Puis, un jour, j’ai réussi à dégoter un travail dans une messagerie à Ville Saint-Laurent. D’accord, plier des circulaires au salaire minimum n’avait rien de radieux, je veux bien. Mais moi aussi désormais j’avais des histoires à raconter aux copains quand on se retrouvait en soirée et la fin de semaine!

Aujourd’hui, plus de trente ans plus tard, mes parents sont morts, le chalet a disparu et il n’y a plus de grenouilles à attraper.

Quand je repense à cet été-là, je deviens nostalgique. Nostalgique d’une période de la vie où il y a tant de choses à découvrir. Nostalgique aussi de cette époque marquante où l’on devient un homme.. ou une femme.

On a beau essayer de faire l’indépendant, jouer les braves et tenter d’échapper à la vie, elle est toujours plus forte que nous. Et c’est souvent au cours d’un été comme celui-là qu’on le constate.

Mais c’est à toi ma grande de le découvrir maintenant.

Advertisements

2 réflexions sur “Le dernier été

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s