Montage Guerre de 1812

La nation avortée

Les Américains sont pour la plupart très patriotiques. Comment pourrait-il en être autrement tant leur histoire est remplie de symboles et que certains de leurs présidents – Washington, Jefferson, Lincoln – sont aujourd’hui élevés au rang de saints?

Deux des symboles de l’histoire américaine – et pas les moindre – et qui font désormais partie intégrante de leur culture, trouvent leur origine dans la Guerre de 1812 : leur hymne national et l’Oncle Sam.

Depuis 2011 – depuis en fait qu’il est devenu majoritaire sans le soutien du Québec – le gouvernement conservateur de Stephen Harper multiplie les gestes et les opérations destinés à raviver une fibre patriotique canadian. Mentionnons, entre autres, les portraits de la Reine qui remplacent les œuvres d’art dans les ambassades du Canada et les célébrations entourant le bicentenaire de la Guerre de 1812.

Au lieu de décrier les récentes tentatives du gouvernement Harper de raviver des symboles en ramenant à l’avant-scène la Guerre de 1812, les Québécois devraient plutôt se poser une question : y’a-t-il des symboles qui pourraient forger l’identité québécoise?

Les Québécois ont peu de symboles. Et quand ils en ont, ils ne signifient pas toujours la même chose pour tout le monde :

  • Dollard des Ormeaux? Le mythe de ce jeune homme qui aurait sauvé la jeune colonie en combattant les Iroquois avec une poignée d’hommes au Long-Sault en 1660 a depuis longtemps été mis à mal par les historiens qui ne voient plus en lui qu’un aventurier désireux d’en découdre avec n’importe qui.
  • Les Pères de la Confédération? Peut-être au Canada mais pas au Québec.
  • Le rapatriement unilatéral de la Constitution? Poser la question c’est y répondre.

La difficulté des Québécois d’avoir des symboles communs pour partager une histoire commune découle justement du fait que notre perception de l’histoire n’est pas unilatérale. Comment avoir des symboles communs quand notre perception de l’histoire n’est pas la même?

Un exemple purement québécois : la fête de Dollard – devenue la Journée nationale des Patriotes – est toujours célébrée comme étant la fête de la Reine par une bonne partie de la population.

C’est pas des farces : on s’obstine même sur la présence ou non du crucifix à l’Assemblée nationale!

Le sens des choses

Pour les Américains, 1776 signifie la même chose pour tous : les treize colonies britanniques deviennent indépendantes.

Pour les Québécois, l’élection du premier gouvernement péquiste en 1976 n’a pas la même signification pour tout le monde : c’est une victoire pour les uns, une défaite pour les autres. Il en va de même pour les référendums de 1980 et 1995 : ce sont deux défaites amères pour la moitié des gens et deux belles victoires pour les autres.

Faute de symboles communs, le Québec ressemble de plus en plus à une nation qui ne verra jamais le jour, à une nation avortée.

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