Les marchands de chandelles et le TGV

Paris – Londres en TGV : 2:30

Montréal – New York en train datant du 19e siècle : minimum 11:00

Il y a quelques semaines dans Le Devoir, on parlait de New York et des moyens désuets pour s’y rendre. Pour y être allé à plusieurs reprises en train, je sais que le voyage Montréal – New York prend au minimum onze heures, parfois douze.

Entre Plattsburgh et New York, le trajet prend sept heures. Alors comment expliquer que le trajet  entre Plattsburgh et Montréal prenne trois ou quatre heures alors qu’en auto ce même trajet n’en prend qu’une seule?

Bien sûr il y a les douanes. Par expérience, je suis en mesure d’affirmer que l’arrêt à la frontière peut durer entre une et deux heures et demie, le temps que les douaniers fassent leur boulot.

Il y a aussi la vitesse du train. Si entre Plattsburgh et New York le train file quand même à belle allure, entre Montréal et la frontière, il serpente lentement, comme s’il avait peur de déranger.

Afin d’accélérer ce processus, pourquoi ne pas installer un bureau de douane directement à la gare centrale de Montréal? Les avions n’arrêtent pas dans les airs à ce que je sache! Pourquoi les trains devraient-ils arrêter à la frontière?

Ce matin, on apprend sur le site de Radio-Canada que l’arrêt à Saint-Lambert que doit effectuer le train Montréal New York sera éliminé et que des installations douanières seront installées à la Gare centrale..

TGV

Depuis des années, les politiciens de toutes allégeances se font prendre en photo lors d’inauguration de tronçons autoroutiers en déclarant que c’est merveilleux et fantastique de pouvoir voyager rapidement d’une ville à l’autre.

D’accord.

Alors, pourquoi n’y a-t-il pas encore de TGV entre Toronto et Montréal? Entre Montréal et New-York? Entre New-York et Toronto?

Depuis des décennies il est question, ponctuellement, de la construction d’une ligne de train pour un train à grande vitesse (TGV) entre Montréal, Toronto, New York et Boston. Deux trains pourraient circuler en boucle entre ces villes. Imaginez un instant pouvoir être à New York en trois heures!

Malheureusement, les tracés que pourraient emprunter ces TGV appartiennent à des compagnies de chemin de fer privées fortement financées par les deniers publics depuis le 19e siècle qui contrôlent le transport des marchandises et des passagers. Et visiblement, le lobby de ces entreprises d’un autre siècle est toujours très puissant auprès des gouvernements.

Pour être indépendant de ces entreprises, une nouvelle compagnie devrait elle-même construire de nouvelles voies et, pour ce faire, avoir la permission d’exproprier des milliers de propriétaires. On imagine la facture! Cela ne peut se faire sans une participation de l’État.

Malheureusement, les lobbys des opposants à ce projet sont plus puissants et influents que ceux qui y sont favorables. C’est comme ça.

Faudrait-il que le Québec, l’Ontario, le Maine et le Vermont menacent de faire sécession et de se regrouper pour le que les gouvernements canadien et étatsuniens acceptent d’investir massivement dans la construction d’un TGV?

$$$

Les marchands de chandelles déguisés en politiciens ou en économistes nous répondent qu’un TGV entre Toronto, Montréal, Boston et New York ne serait pas rentable.

Et le métro vers Laval construit ces dernières années au coût de plus de 860 millions de dollars, il est rentable lui?

Et le Pont de la Confédération entre l’Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse construit au coût d’un milliard de dollars en 1997, il est rentable?

Et les installations olympiques de Montréal construites au cours des années 1970 au coût de deux milliards de dollars, elles sont rentables elles?

Si on parle de rentabilité, combien cela coûte-t-il à des villes comme Toronto et Montréal de ne pas avoir de TGV? Combien de touristes américains en moins cela représente-t-il?

Plan Nord et travailleurs étrangers

Des bruits courent depuis un certain temps que des compagnies minières intéressées à investir dans le Plan Nord de M. Charest feraient appel à des travailleurs étrangers payés moins cher.

« Scandale! » S’indignent les uns. « C’est une honte! » clament les autres.

Ô Canada!

Retour en arrière.

En 1871, la Colombie-Britannique, criblée de dettes en raison de sa croissance démographique incontrôlable, accepta de faire partie du Dominion du Canada en échange de la promesse de construire une ligne de chemin de fer reliant la côte pacifique aux provinces de l’Est.

Entre 1875 et 1885, la compagnie Canadian Pacific réussit cet exploit non sans difficultés. Dans le film Rocky Mountain Express, de Stephen Low, on apprend en effet qu’il y a en moyenne six travailleurs enterrés par miles de voie ferrée construit! Et si des Canadiens, des Américains, des Anglais et des Européens ont participé à la construction de ce chemin de fer, la très grande majorité des travailleurs manuels étaient d’origine chinoise.

À cette époque, personne ne criait au scandale.

L’immobilisme est l’une des forces les plus puissantes de l’univers. Et pendant qu’on niaise et qu’on fait du surplace en Amérique, il se construit des milliers de kilomètres de voies pour TGV chaque mois en Chine.

Et à cause des marchands de chandelles qui refusent d’avancer, lentement mais sûrement, le Canada est en train de devenir un pays sous-développé.

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