Et si Durham avait eu raison?

Les repères historiques forgent l’identité d’une nation. Mais qu’arrive-t-il quand l’Histoire n’est plus enseignée nulle part, les cours didactiques étant noyés dans l’Univers social et autres inepties du genre? Peut-on parler de déficit identitaire quand tout le monde souffre d’amnésie collective?

On se moque souvent du côté bon enfant des Américains. La main sur le cœur, ils jurent quotidiennement fidélité à la Bannière étoilée juste avant les matchs de baseball, de football et de hockey. Et plusieurs d’entre eux savent que cet hymne national vient d’un poème rédigé au lendemain de la Bataille de Fort Henry en 1814. En général, les repères historiques sont plus précis pour les Américains qu’ils ne le sont pour les Canadiens. Et pratiquement chaque ville, chaque village, possède son musée d’histoire locale, aussi modeste soit-il.

Il n’en va pas de même au Québec, l’ancien Bas-Canada, où l’enseignement de l’histoire est devenue – c’est le cas de le dire – chose du passé. L’Histoire didactique n’est pratiquement plus enseignée dans les écoles. Plus personnes ne connaît la signification de l’hymne national du Canada et les sociétés historiques, quand elles existent, sont bien souvent moribondes.

Le 1er mars 2012, à Montréal, le porte-parole de la Coalition pour l’histoire, Robert Comeau et l’historienne et chercheure, Josiane Lavallée, rendaient public les résultats d’une enquête réalisée auprès des enseignants d’histoire du secondaire qui révèle qu’ils sont insatisfaits des programmes qu’ils ont à enseigner, car trop axés sur l’éducation à la citoyenneté et le présent et pas assez sur l’acquisition des connaissances historiques.[1]

Un professeur à l’Université de Montréal, Jean Blain, m’a dit un jour ceci : « L’histoire du Québec intéresse déjà bien peu de gens. Si nous, les Québécois, ne l’étudions pas, personne ne l’étudiera. »

Dans son rapport de 1839, peut-être John George Lambton, comte de Durham, avait-il raison en parlant ainsi des habitants du Bas-Canada: «On ne peut guère concevoir nationalité plus dépourvue de tout ce qui peut vivifier et élever un peuple que les descendants des Français dans le Bas-Canada, du fait qu’ils ont gardé leur langue et leurs coutumes particulières. C’est un peuple sans histoire et sans littérature. »

[1] Lise-Marie Gervais, « Enseignement secondaire – Un cours d’histoire passé à l’eau de Javel », Le Devoir, 1er mars 2012


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