No vacancy!

 

Certains propriétaires d’auberge font des pieds et des mains pour attirer les clients : service hors-pair; menus mettant en vedette les produits du terroir; beau décor; accès internet sans fil; animation; chansonniers et j’en passe. Ils font affaire avec des spécialistes et investissent beaucoup d’argent en études de marché et en marketing simplement pour se maintenir la tête au-dessus de l’eau.

Dans mon village, le vieil Albert a toujours su comment s’y prendre pour faire marcher son motel qui n’a rien du Bed & Breakfast sympathique ou de la petite auberge accueillante. Sa recette? Bien connaître sa clientèle. Et pas de question à ceux qui paient comptant et contents.

Traditionnellement, ses chambres étaient davantage utilisées la nuit tombée. Mais depuis qu’il avait instauré les « siestes » à 33 $, Albert avait réussi à rentabiliser ses chambres le jour.

Ces « siestes » s’adressaient aux camionneurs de passage et aux cols blancs infidèles qui profitaient d’un congrès à l’autre bout de l’autoroute 20 pour se taper à l’occasion une fille en fleur mais plus souvent une fille en fugue. Trois heures pour 33 piastres, ça ne fait pas cher de l’heure, surtout quand la fille coûte encore moins cher.

Des fois, dans certaines chambres, les choses s’étaient passées tellement vite que le vieil Albert n’avait même pas besoin de changer les draps!

Le bar jumelé à son motel fournissait au vieil Albert un petit profit agréable. La Bud pas cher et les seins de Doris la waitress lui assurait un bon achalandage. En effet, bien des paumés qui fréquentaient le bar du motel n’avaient d’yeux que pour les seins fermes et généreux que Doris la waitress laissait librement flotter sous sa blouse blanche certains soirs un peu trop ajustée.

À force de jouer les psychologues du dimanche pour ces piliers de bar du samedi, Doris la waitress avait développé un véritable talent dans son domaine. L’espoir fait vivre dit-on et elle savait tout le bien qu’elle pouvait apporter à un pauvre type malheureux comme les pierres simplement en lui donnant l’occasion d’admirer le paysage ou en l’effleurant de ses seins dans le dos ou sur un bras.

Et il n’y avait pas meilleure qu’elle passer minuit pour se tromper en remettant le change aux clients éméchés.

En fait, c’est Doris la waitress qui attirait les clients au bar bien plus que la cuisine qui se résumait à ce qui pouvait être rapidement réchauffé au four par Gino le cuistot dont les étoiles tatouées aux jointures valaient bien celles des grands chefs: rondelles d’oignon congelées; ailes de poulet congelées; croquettes de poulet congelées; frites congelées; bâtonnets de poisson congelés, etc.

Gino le cuistot n’avait pas son pareil pour réchauffer au four microonde des repas surgelés auxquels il ajoutait une bonne dose de sel, de poivre et de paprika afin d’y ajouter une saveur locale avant de les transférer dans une assiette.

Tant qu’il y aura des waitress comme Doris, des cuistots comme Gino, des paumés et des filles en fugue, l’enseigne clignotante au néon rouge du motel du vieil Albert affichera toujours No Vacancy!

FIN

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