Quand le Québec ne sera plus qu’un fromage

Bien des Québécois sont incapables d’expliquer la présence française, leur propre présence, en Amérique. Pour la plupart des gens, particulièrement des Montréalais, Champlain, Jacques Cartier et Mercier sont d’abord des noms associés à des ponts.

L’histoire, contrairement aux romans historiques, n’a pas la cote au Québec. Peut-être cela découle-t-il du fait que notre histoire collective, des Plaines d’Abraham au référendum de 1995, est ponctuée de défaites. Mais nous sommes de bons perdants. Nous en redemandons même. Nous tendons l’autre joue pour recevoir une autre baffe, héritage sans doute de notre pas si lointain passé catholique.

Nous sommes tellement bons perdants, même devant les tricheurs et les menteurs, que l’expression « se faire passer un sapin » a fait place à « se faire passer un Québec »!

À l’instar des ponts mentionnés plus haut, notre histoire collective est en train de tomber en ruine, de disparaitre lentement mais sûrement, rongés par notre indifférence et notre ignorance.

Quand les ponts que nous sommes auront disparu, le lien entre les générations sera rompu. Et dans la mémoire collective de nos petits-enfants, tout ce qui restera du Québec sera un p’tit fromage orange.

L’anthropologue Serge Bouchard commente mieux que moi ce phénomène :

« Pourquoi les ponts s’appellent-ils Pierre-Laporte? Les aéroports, Pierre-Elliott Trudeau? Les boulevards, Lauriers? Pour la même raison que nous avons nommé nos villages Sainte-Cunégonde, Saint-Élie, Saint-Adolphe, Saint-Jovite et jusqu’à l’épuisement du martyrologue. Pour la même raison que nous multiplions au Canada les Kingston, Victoria, Prince-Edward, Queensway, Prince Albert et Regina. Tout est auréole ou bien couronne, avant que de plonger dans le florilège des personnalités marquantes de l’histoire canadienne contemporaine. Là où l’autoroute Jean-Lesage rencontre l’autoroute John-Diefenbaker, c’est-à-dire au beau milieu d’un infini nulle part.

[…]

Mon pays ce n’est pas un pays, c’est un arrangement juridique malcommode et une montagne d’inculture historique. »

Serge Bouchard, C’était au temps des mammouths laineux, Boréal, coll. Papiers collés, Montréal, 2012, pp.  56-57

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