Chère Julie

À une époque où il suffit de taper « Gros lolos », « MILF », « Gangbang » ou « Boobs » sur Google pour tomber sur un site pornographique, y’a-t-il encore des types qui osent louer des films de cul dans les clubs vidéo?

Dans mon temps – ca y est, je parle comme un ti-vieux – si on voulait voir des fesses et des seins, fallait faire preuve de courage, de détermination et, souvent, d’imagination.

Il y avait bien sûr le classique d’entrer à toutes vapeurs dans la salle de bains quand notre sœur prenait son bain. Mais bon, c’était juste rigolo et la claque de maman derrière la tête me ramenait rapidement à l’ordre.

Il y avait aussi les visites au dépanneur.

L’autre jour, en passant devant l’ancien dépanneur de Mme Beaulieu, je me suis rappelé la fois où j’avais habilement subtilisé un exemplaire de Playboy.

Contrairement à aujourd’hui où ces revues sont perchées en haut d’un présentoir où il est écrit « Pas de lecture sur place! », « Caméra de surveillance! » ou encore « Souriez, vous êtes filmé! », ces magazines pour hommes étaient au milieu des années 1970 simplement installés sur le comptoir, à la vue des clients et des gamins, juste à côté d’une réplique en plastique jaune de l’Oratoire Saint-Joseph avec une fente au-dessus et dans laquelle les gens étaient invités à déposer leur monnaie.

Pendant des semaines, alors que moi et les copains choisissions nos bonbons en hésitant entre les soucoupes volantes, les gommes saucisses et les lunes de miel, sans parler des boules noires, nous jetions de temps à autre un regard oblique à Farrah, Natasha, Pamela ou à une quelconque étudiante d’un collège américain qui semblait nous faire de l’œil en cachant habilement ses charmes derrière un ballon de football.

Un jour, je me décidai!

C’était un samedi matin. Comme d’habitude mon père m’avait envoyé chercher son journal. Profitant d’un moment d’inattention de l’honnête commerçante, je glissai rapidement un exemplaire du Playboy du mois de juillet entre les pages du Montréal Matin. Dans ma tête, j’étais devenu un espion aussi efficace que ceux de Mission Impossible ou Agents très spéciaux.

« Y est donc bien pesant le journal aujourd’hui! » m’avait lancé Mme Beaulieu en me tendant sans le savoir l’objet de mes convoitises. J‘étais rouge comme une tomate et la sueur me dégoulinait le long des tempes. « Il doit y avoir beaucoup de nouvelles », lui répondis-je sur un ton étrangement sérieux.

De retour à la maison, je couru à ma chambre pour faire plus ample connaissance avec Miss July. J’ai finalement passé beaucoup de temps avec cette Julie, une belle grande blonde aux yeux bleus et resplendissante de santé. Mais je ne suis plus certain qu’elle s’appelait Julie.

Jamais pièce de 25 cennes n’aura été mieux dépensée ! Il m’était revenu de la monnaie en plus!

FIN

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