Le Maine et la fin d’un monde

Je ne m’en cache pas : j’aime le Maine. J’aime le Maine, surtout l’automne, le long de la splendide route 1A qui longe l’océan.

J’aime tellement rouler sur cette route que je prends cinq heures à effectuer un trajet qui n’en prendrait que quatre. Pourquoi se presser quand on est heureux et qu’on goûte au bonheur?

Encore cette année, mon épouse et moi avons loué une coquette chambre dans une jolie auberge, un Inn comme on les appelle là-bas.

À notre arrivée, le grand type au comptoir nous accueillera avec un large sourire, comme s’il nous attendait. Il nous demandera si nous avons fait bonne route et nous dirons oui en jouant le jeu.

Le jour, nous nous promènerons dans de jolis villages aux belles maisons et aux églises blanches et ferons les boutiques. S’il fait beau, peut-être irons-nous marcher sur l’une des nombreuses plages désertes en ce temps-ci de l’année. Au loin, un phare tout blanc se dressera sur le ciel bleu.

En soirée, après nous être rafraîchis à la chambre, nous revêtirons nos habits de locaux : jeans bleu et tricot de laine pour ma femme; souliers bruns, pantalon beige et chemise bleue pâle aux manches relevées pour moi.

Nous prendrons un verre ou deux au pub de notre Inn dont le décor rappelle l’intérieur d’un voilier. Un chansonnier local y interprètera tout doucement des covers à la guitare  Nous monterons ensuite au restaurant prendre un excellent repas, des fruits de mer pour moi. Ma femme prendra un dessert pendant que je dégusterai un bon café irlandais.

Puis, nous monterons à notre chambre, ferons lentement l’amour avant de nous endormir, chacun de notre côté, un livre ou une revue à la main.

Mais pourquoi le Maine? Après tout, on peut faire ce genre d’escapade à peu près n’importe où.

Pourquoi le Maine? Pour le dépaysement bien sûr. Pour ne plus entendre parler français pendant quelques jours. Mais aussi, peut-être parce que je sens, dans mon for intérieur, que ce monde arrive à son terme.

Les démographes le disent : l’homme blanc, non seulement aux États-Unis mais partout en Amérique du Nord et en Occident, est de plus en plus en minorité.

Qu’est-ce que ça change que les blancs ne soient plus la majorité? Après tout, comme les individus, les sociétés et les nations naissent, se développent, vivent et meurent depuis l’Antiquité.

Historiquement, c’est vrai, cela ne représente que la fin d’un cycle et le début d’un nouveau. Ce qui m’inquiète, c’est que ces périodes de transition sont toujours secouées d’élan de conservatisme, de chasses aux sorcières et d’un retour en force des religions. Suffit de regarder les conservateurs de Harper au Canada Palin et le Tea Party aux États-Unis et bientôt Legault au Québec.

J’ignore encore combien de temps mon monde durera. Mais je sais que mes petits-enfants qui ne sont pas encore nés vivront dans un monde bien différent.

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